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Le manifeste du Refus Global


Paul-Émile Borduas
Bombardement sous-marin
1948

(http://www.mnba.qc.ca)

« Rompre définitivement avec toutes les habitudes de la société, se désolidariser de son esprit utilitaire.
Refus d’être sciemment au-dessous de nos possibilités psychiques et physiques. Refus de fermer les yeux sur les vices, les duperies perpétrées sous le couvert du savoir, du service rendu, de la reconnaissance due. Refus d’un cantonnement dans la seule bourgade plastique, place fortifiée mais trop facile d’évitement. Refus de se taire, — faites de nous ce qu’il vous plaira mais vous devez nous entendre — Refus de la gloire, des honneurs (le premier consenti) : stigmates de la nuisance, de l’inconscience, de la servilité. Refus de servir, d’être utilisable pour de telles fins. Refus de toute INTENTION, arme néfaste de la RAISON. À bas toutes deux, au second rang ! »

- Paul-Émile Borduas, extrait du manifeste du Refus Global
Jean-Paul Riopelle
À l'improviste, 1946
(
http://www.mnba.qc.ca)



Publication du recueil

De retour de France où il côtoie les surréalistes, Riopelle prend conscience des différences qui séparent les deux groupes et insiste auprès de ses amis pour qu’ils définissent publiquement leurs particularités.  C’est ainsi que le 9 août 1948 sera une date marquante pour les automatistes, car c’est ce jour-là que sont mis en vente les exemplaires de ce recueil collectif.  La page titre du recueil que l’on aperçoit ci-contre est composée à la fois d’un dessin de Riopelle et de la poésie des mots de Gauvreau.  

    Celui-ci a pour but de les faire connaître davantage, de les dissocier des surréalistes et de leur intentionnalité ainsi que de prôner une idéologie nouvelle, dont la ligne maîtresse est la liberté.  À l’intérieur du recueil, on retrouve d’abord le manifeste « Refus Global », texte qui lui donne son nom, signé par Borduas, mais appuyé par quatorze artistes, soit Jean-Paul Riopelle, peintre, Françoise Riopelle, danseuse et chorégraphe, Marcelle Ferron, peintre, Jean-Paul Mousseau, peintre, Magdeleine Arbour, designer, Marcel Barbeau, peintre, Muriel Guilbault, actrice, Pierre Gauvreau, peintre et auteur de téléromans, Claude Gauvreau, poète, Louise Renaud, éclairagiste, Fernand Leduc, peintre, Thérèse Leduc, poète, Françoise Sullivan, danseuse, chorégraphe, peintre et sculpteur, Maurice Perron, photographe et un psychiatre, Bruno Cormier.  

    Trop souvent considéré comme l’œuvre de seul Borduas, il est important d’insister sur le fait qu’il s’agit d’un recueil collectif qui contient aussi des écrits de Gauvreau, Sullivan, Cormier et Leduc ainsi que des photos de Maurice Perron.



(www.nyctale.com)
La mort du mouvement

Le propos protestataire de
Refus Global ne plaît pas aux autorités en place. 
En effet, le manifeste s’insurge contre le conservatisme de la société, dénonce le pouvoir démesuré de la religion catholique et l’abus subi par le peuple, prône la liberté d’expression et encourage la population à cesser d’avoir peur.  

De plus, il espère la transformation de la société et invite les lecteurs à se joindre à la requête des automatistes par ces mots : « Que ceux tentés par l’aventure se joignent à nous. »  Un discours novateur clamé haut et fort que les journaux s’approprieront pour en faire un scandale. 


Jugé inacceptable par le gouvernement de Duplessis ainsi que par le clergé, puisque allant à l’encontre de leur idéologie et aussi par peur que le peuple réponde à l’appel des automatistes, le recueil est retiré du marché peu de temps après sa parution et les brefs remous qu’il a suscités sont calmés rapidement. 

    Suite à cet échec, le mouvement automatiste meurt à petits feux, sans toutefois que les artistes s’y étant rattachés ne cessent de créer et d’exposer en solo ou en duo.  Nombreux sont ceux qui, tels que Riopelle, Ferron, Leduc et bien sûr, Borduas, quittent le Québec pour Paris, soit par obligation, comme dans le cas de Borduas, soit dans le but de réussir.  L’espoir que le Québec soit le lieu d’une liberté créatrice s’est éteint temporairement.  Ce n’est qu’avec la Révolution tranquille des années 1960 que l’espoir renaîtra, alors qu’un renouveau politique s’annonce.



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